Plongées à Llafranc

Si vous rêvez de tremper vos palmes sur les magnifiques sites de la Costa Brava mais que vous redoutez l’esprit une peu « usine à plongeurs » qui règne à Estartit, alors Llafranc est fait pour vous.

Situé à un peu plus d’une vingtaine de kilomètres au sud de La Mecque de la plongée Espagnole, il s’agit d’un petit village de pêcheur niché dans une baie, qui a su garder toute son authenticité. A lui seul, le paysage terrestre vaut le détour. Les immenses falaises ocres couvertes de pins sont un régal pour les yeux et rendent les trajets en bateaux particulièrement agréables. Quant au village, pas de grands immeubles qui défigurent le front de mer, seules les petites maisons blanches brillent au soleil. Et ici, pas question de tomber nez à nez avec des touristes à chaque coin de rue, encore moins hors saison. Le port du village est minuscule et abrite surtout des pointus colorés. Cependant, malgré le calme de la localité, deux clubs se partagent tout de même les plongeurs ayant la chance de séjourner ici, c’est dire l’intérêt des sites !

Nous avons jeté notre dévolu sur le club Triton Diving. Son propriétaire Emilio, qui a fêté cette année ses 60 ans, est catalan et a ouvert son club il y a maintenant près d’une trentaine d’années. Eternellement souriant, il nous accueille dès le premier jour en organisant une sortie supplémentaire rien que pour notre palanquée de quatre personnes, puisque nous étions arrivés trop tard pour pouvoir faire la plongée de l’après-midi. Selon le nombre de plongeurs, leur niveau et l’état de la mer, le club organise 2 à 4 rotations par jour (bien pratique pour les retardataires ou pour qui veut faire la grasse matinée ou la sieste). C’est une structure familiale avec un staff réduit à quatre personnes. Chacun de nationalité différente ils parlent sept langues (l’espagnol, l’anglais, le français, le néerlandais, l’allemand et l’italien entre autres), autant vous dire que vous n’aurez pas de problèmes pour vous faire comprendre. Le club possède un magasin proposant des articles de plongée, ainsi que la vente, la location et la réparation de matériel. A une vingtaine de mètres, un ancien bar a été reconverti en annexe du club avec trois grands vestiaires, un coin lecture décoré de photos sous-marine, une salle avec bacs de rinçage où faire sécher le matériel, des douches chaudes et des toilettes. Bref confort et convivialité sont au rendez-vous.

Leur bateau, le Tritonia, donne accès à des sites au relief aussi diversifié que riches en faune. En fait le relief sous marin des secs et des tombants épouse celui de la côte. Il est amusant de retrouver sous les eaux les mêmes falaises, failles et canyons qui découpent le littoral en surface. Un site magnifique est particulièrement représentatif de ce phénomène. Il s’agit des Canyons de Tamariu (appelé également Calla Nova). Le fond sableux aux alentours du sec se situe dans la zone des quarantaines mètres. Le parcours de la plongée suit les failles profondes mais parfois particulièrement étroites qui sillonnent le site, formant ainsi des tombants parallèles recouverts de gorgones magnifiques. En faisant attention de se faufiler sans rien endommager, l’on y croise toute sorte de représentants de la faune fixée. De nombreux doris dalmatiens de taille impressionnante, en comparaison de ceux que l’on observe le long de nos côtes, égayent la plongée de leur livrée bicolore. Les langoustes également ne sont pas rares, nous saluant de leurs antennes qui dépassent largement de la roche tandis que les grosses aplisies, ou lièvres de mer, broutent tranquillement. La plongée se termine par un passage dans un minuscule tunnel qui débouche dans le fond d’une faille que l’on a plus qu’à remonter pour finir l’exploration. De quoi donner un premier aperçu ludique et sans danger de la plongée spéléo. Le palier se finit au milieu des bancs de chinchards ou de sardines, selon les jours. Un autre site, celui de Furio de Aigua Xelida, possède lui aussi un relief remarquable. La moindre petite grotte abrite des colonies de corail rouge, et une grande arche naturelle donne un aperçu de la faune cavernicole. Sur les tombants, des alcyonnaires de toutes les couleurs se mêlent aux gorgones bicolores.

Les Iles Formigues, que l’on aperçoit de la plage de Llafranc, offrent elles-aussi des plongées intéressantes. En fait d’îles, il s’agit plutôt d’îlots rocheux permettant des plongées dans la zone des 20 m. Ici ce n’est pas le relief qui impressionne mais la profusion de poissons de roche, de flabellines et d’aplisies. Chance extraordinaire, nous avons même pu admirer un hyppocampe sagement enroulé autour de son algue rose. Cependant, ne compter pas trop dessus, vous risqueriez d’être déçus, car en trente ans le propriétaire n’en a vu que trois.

A condition que le temps le permette, Triton Diving vous emmène sur l’épave du Boreas, à environ une demi-heure de bateau de Llafranc. Ce remorqueur ayant servit au trafic de drogue et saisit par la police a croupi pendant des années dans le port de Palamos, jusqu’à ce que le club de plongée de la ville le rachète pour une somme symbolique. Après avoir été entièrement débarrassé de toutes substances polluantes, le navire fût coulé volontairement non loin de la côte, sur un fond de 38 m. Ainsi, gisant suffisamment profondément pour que les apnéistes ne puissent pas y rester piégés, l’épave est en même temps facilement accessible à un grand nombre de plongeurs. La quasi-totalité de la structure peut être visitée. La plongée débute donc par la proue qui se distingue parfaitement malgré une visibilité souvent un peu limite. L’épave n’est pas très habitée, mise à part quelques anthias qui la survolent au niveau du gouvernail et de la cheminée. Les coursives, ainsi que la cale moteur peuvent être visitées. Cette dernière est immense et on peut en faire le tour complet sans problème. Les autres cales se visitent également, même si il vaut mieux y arriver les premiers car la visibilité devient pratiquement nulle dès que beaucoup d’autres palmes sont passées par là. L’une des cales offre cependant une attraction particulièrement amusante. Une bulle d’air est restée coincée dans un coin supérieur, bloquée par un énorme tuyau. Au fur et à mesure que l’épave est visitée par les plongeurs, celle-ci grossit. Elle peut désormais accueillir facilement quatre têtes de plongeurs interloqués, surpris de pouvoir papoter à 30 m de profondeur, en plein milieu d’une plongée. Cependant, l’air est pour le moins vicié et a un goût de rouille très prononcé, alors après s’être amusé de l’écho en prononçant quelques mots, mieux vaut vite remettre son détendeur en bouche, sous peine de s’essouffler en quelques minutes. La plongée se termine par la visite des minuscules salles d’habitation, où une mostelle pose dans un décor incongrue de salle-de-bain, juste devant une baignoire. Cette plongée est très fun et pour peu que la visibilité soit bonne l’on peut visiter la quasi-totalité de l’épave, de la grande hélice jusqu’à l’intérieur des cales, absolument sans danger.

Enfin, si le vent se lève et que la houle et le courant ne permettent pas les longs trajets en bateau, le Tritonia ne fait que 5 minutes de mer et accède ainsi aux sites Ullastres 1, 2 et 3. Ces secs pointent entre 8 et 13 mètres et offrent des tombants verticaux qui plongent dans la zone des 50 m. Ullastres 2 est formé de deux grands pics formant une sorte de V. Une rapide bascule arrière et nous voilà nez à nez avec un banc d’énormes barracudas duquel nous nous approchons sans difficulté. Les poissons de Llafranc ne sont pas farouches ! Le parcours de la plongée consiste, selon le courant, soit à faire le tour des deux patates d’Ullastres 2, soit de faire un des tombants d’Ullastres 2 et de partir ensuite vers Ullastres 1. Les deux plongées offrent un beau relief et une faune intéressante. La seconde option nécessite cependant de ne pas être trop mauvais en orientation (ou de ne pas avoir oublié son parachute…). Enfin Ullastres 3 est de loin la plus belle plongée du lot. Pour en profiter au maximum, il faut se laisser descendre le long du tombant de la face nord. Verticale, la roche offre une véritable forêt de gorgones entourées de nuées d’anthias et de castagnoles. On a l’impression que pas un centimètre n’est laissé inoccupé. Le reste de la plongée consiste à remonter lentement en tournant autour du pic. Si la face nord est de loin la plus belle, les autres faces, moins abruptes et dépourvu de gorgones, abritent quand à elles le terrain de jeu et de chasse d’énormes dorades royales, de sars, de sars tambour, de sars à museau pointus et même parfois de dentis, tous ces poissons se mêlant à des banc de saupes broutant sans arrêt. La faune fixée y est moins abondante qu’au nord même si la roche nous réserve d’agréables surprises, comme une très étrange Alicia Mirabilis découverte par hasard. Un des aspects les plus agréables de cette plongée réside dans le fait que le courant y est souvent assez fort, et l’on peut donc se laisser porter en dérivante le long de la face nord en admirant le mur de gorgones, les flabellines et autres doris qui s’y promènent. Une fois dépassé le mur, la plongée devient un petit peu plus sportive mais permet d’admirer les dorades surfant sur les crêtes rocheuses et tous les autres gros poissons jouant dans le courant. Autant dire que pour un site de replis en cas de mauvais temps, personne n’est déçu !

Llafranc est donc une destination plongée particulièrement agréable. L’honnêteté force à dire que les deux points faibles des sites sont le courant parfois conséquent (qui peut poser problème à des plongeurs débutants mais qui ne gênera aucunement les confirmés), et la visibilité, qui peut passer du jour au lendemain de bonne à … disons vraiment moins bonne (l’expérience de quelques plongées dans l’Atlantique m’empêchent de la décrire comme nulle). Mais ces maigres inconvénients paraissent mineurs comparés à la diversité du relief sous-marin et à la profusion de faune qu’il abrite.

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